lundi 16 février 2009

Wir fahren mit der S-Bahn...

Samedi soir, nous sommes conviés à fêter la St-Valentin en charmante et québécoise compagnie, autour d'une délicieuse raclette. Faut-il louer une auto pour s'y rendre? boooaaafff, un si petit trajet? Non bien sûr, nous prenons le train, et tout se passe très bien...à l'aller!


Quant au retour...
L'hiver dernier, pour les "Éditions de la Chenelière Montréal", j'ai réalisé l' image ci-dessous afin d'illustrer un texte "Les voyages en train" du slameur "Grand corps malade". Mais je désire aujourd'hui rebaptiser cette image et l'intituler ainsi:

"Odyssée de retour by night en train un soir de St-Valentin"

Tout commence donc très banalement, nous prenons le train habituel, la S-3 direction killwangen-Spreitenbach. Puis, arrêt habituel à Dietikon. L'arrêt est un peu longuet mais rien de traumatisant, jusqu'à ce que l'on remarque tout de même un phénomène bizarre: le silence règne, les lumières s'éteignent et il n'y a ...plus personne dans le train! Bon, certains trains finissent à Dietikon, même si d'habitude, c'est annoncé. Allez! "kein Problem", on descend pour prendre la S-12 mais...IMPOSSIBLE de sortir, les portes sont ...barrées. Je commence à envisager un dodo dans le train, (je suis encore dans les vapeurs d'une soirée bien arrosée et je suis très très relax), je jauge avec envie les banquettes très confortables, juste pour nous. Je cherche la meilleure pour piquer un petit somme, quand, malheureusement pour l'histoire qui aurait été 100 fois + passionnante, 2 employés passent sur le quai et aperçoivent U. et A. collés sur la vitre qui s'acharnent avec méthode sur la porte. L'homme et la femme tentent à leur tour d'ouvrir de l'extérieur ...sans succès. Nous les voyons se saisir de leur portable et entamer une série d'appels de détresse, pendant que je trouve finalement mon sort bien enviable, autant ronronner ici au chaud plutôt qu'attendre un autre train dans le froid non? et puis, rien à faire, je n'arrive pas à me sentir en danger en Suisse, totale confiance! Après un certain temps tout de même, nous entendons à l'autre bout du wagon un petit homme, valise à la main qui fulmine et qui rage. On le regarde avec bienveillance , comme un camarade de guerre qui lui aussi s'est fait prendre au piège de l'ennemi commun, jusqu'au moment ou l'on réalise que, peut-être pour lui, bin...C'EST NOUS l'ENNEMI! Lorsqu' on le voit sortir des clefs pour débarrer la porte de l'intérieur, il n'y a plus aucune trace de doute dans nos esprits embrumés, c'est bel et bien contre NOUS qu'il hurle! Pendant que le monsieur m'insulte dans des mots très vilains probablement, je constate que ça ne me fait ...rien, je suis comme une spectatrice au théâtre. Je regarde le monsieur s'agiter, me cracher tout son venin et je ne ressens pas un gramme de culpabilité. Étonnant quand on sait que d'habitude je suis du genre à "m'excuser d'exister" . Est-ce le début de la sagesse? l'autisme? l'ivresse? Je découvre pour la première fois combien cela peut-être amusant aussi de ne rien comprendre, pas concernée pantoute!

Bref, notre employé modèle finit pas s'épuiser face à autant d'inertie de notre part , il nous libère et se casse furibond sans écouter le petit "entchuldigung" laborieux d'A. et un "merci vielmal' tout guilleret de ma part. (après tout, on lui a peut-être fait rater son dernier train à lui aussi? mais non, il a un char sûrement, et puis d'la marde, on s'en fout.)

Mais les 2 autres employés sur le quai prennent le relais. Le gars entame un discours éloquent, je l'écoute avec un air abruti de circonstance en glissant quelques "ja, ja, ja natürlich, ja ,sicher" qui traduisent ma bonne volonté . Le monsieur est tout à coup foudroyé par une évidence:

"Vous ne comprenez pas très très bien l'allemand n'est-ce pas? " me demande t-il ?

"Bin...nein!" répond-je, épatée par autant de perspicacité.

"und woher kommen Sie? (et d'ou venez-vous) ?" continue t-il.

"Ben...Kanada" rétorque-je (selon les circonstances, je répond soit "Canada", soit "France").

"ahhh, donc vous parlez anglais?" triomphe t-il, sur quoi je lâche un grand YESSSSSSS soulagé. Le désir de lui expliquer qu'au Canada, il y a un petit coin appelé Québec ou l'on parle aussi français etc etc me saisit, mais je sens que ce n'est malheureusement pas le meilleur moment pour entrer dans les nuances.

Il enchaîne sur un long discours en anglais pour m'expliquer que le soir, il faut bien écouter les messages du conducteur, et être sur ses gardes. Il compatit: le suisse allemand, c'est pas facile à comprendre etc. C'est à ce moment là que je réalise qu'il doit avoir des origines hindou ou autre, bref, en tout cas, il est solidaire des étrangers abrutis qui ne comprennent rien et m'explique très patiemment que, à cette heure tardive, nous devons prendre des bus de nuit pour nous rendre chez nous.

Et il répond très gentiment à mon "thank you" plein de reconnaissance!

Enfin! un peu d'amour, que diable! en cette soirée de St-Valentin!

Nous partons illico presto en quête d'un bus qui aurait l'amabilité de nous conduire à notre home sweet home. On l'attend dans le froid, on le trouve, on vérifie et contre vérifie la direction auprès du conducteur qui collabore. Nous voici au coeur de la banlieue industrielle de Spreitenbach, quand le bus s'arrête vers Ikea: Terminus, tout le monde descend.

Là encore, on re-cherche une autre correspondance en bus pour la gare de Killwangen, on re-vérifie encore auprès d'une dame et encore auprès de jeunes qui nous quêtent une clope et c'est re-parti. Arrivés à la gare, on entame l'ascension finale de la colline de Würenlos...à pied, yeap! dans 15 minutes nous serons chez nous.

Quand brusquement des skinheads surgissent de la nuit et tatouent U. à coup de cutter... bin non, c'est pas vrai, ça, c'est une autre histoire qui est à l'actualité en Suisse. Pour nous, tout est bien qui finit bien, on est même inscrit à Mobility (communauto Suisse). Je voulais juste voir ...si vous écoutiez, allez, bonne nuit!

3 commentaires:

  1. Quel voyage !!!!
    On aurait dû vérifier avant votre départ... Mais je ne comprends pas, il n'était pas si tard, si ?
    Ah l'expérience suisse, il n'y a que ça de vrai hein ?
    Mes pauvres, et en plus j'en rigole, je suis si méchante !!!

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  2. hooo mes pauvres.....vraiment pas de bol!!!!
    Mais j'ai bien rit. Merci!

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  3. En effet ce n'était pas si tard justement, la dernière fois quand on est allé au resto le mercredi, j'avais eu un train sans problème à la même heure. Donc y'a eu un bog (ou le samedi,y'a un couvre feu?)
    Mais nous aussi on a rigolé, (on est pas à une heure près le we!) et A a découvert avec joie la route des centres commerciaux de Dietikon...

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